Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Autel du Sacré-Coeur

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Autre(s) nom(s) :

  • Autel du Sacré-Coeur de l'hôpital général des Soeurs grises de Montréal
  • Autel du Sacré-Coeur de la chapelle de l'ancien hôpital général de Montréal

Région administrative :

  • Montréal

Date :

  • 1790 (Production)
  • vers 1871 – vers 1878 (Déménagement)
  • 2009 (Donation)
  • 2009 – (Restauration)

Thématique :

  • Patrimoine religieux (Culte)

Tradition religieuse :

  • Christianisme (Catholicisme (rite latin))

Classification :

  • Oeuvre d'art / Bien ethno-historique > Objets de communication > Objet de cérémonie > Meuble religieux > Autel et son environnement

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (2)

Patrimoine mobilier associé (1)

Groupes associés (1)

Personnes associées (1)

Inventaires associés (1)

Images

Description

L'autel du Sacré-Coeur est une pièce de mobilier liturgique liée à la célébration de l'eucharistie. Réalisé en 1790 pour la chapelle de l'ancien hôpital général de Montréal, il présente une hauteur de 232,5 cm, une largeur de 221 cm et une profondeur de 96,5 cm. L'ensemble est constitué d'un tombeau et d'un tabernacle en bois sculpté, peint et doré. Le tombeau présente un plan rectangulaire et un profil galbé. Ses angles sont ornés de pattes de lion et de têtes d'ange, alors que la partie supérieure centrale est décorée d'un Sacré-Coeur. La surface est dotée d'un faux fini imitant le marbre bleuté. Le tabernacle est composé de trois parties superposées, soit un gradin orné de rinceaux, un étage intermédiaire – flanqué d'ailerons, rythmé de panneaux historiés et de colonnettes ioniques et comprenant un avant-corps central à pans coupés au centre duquel se trouve une armoire –, ainsi qu'un étage du couronnement composé uniquement d'un piédestal. L'autel est orné de motifs végétaux. Plusieurs personnages y sont représentés, dont saint Jean-Baptiste enfant, sainte Marguerite d'Antioche, saint Augustin et le Bon Pasteur.

Ce bien est classé objet patrimonial.

Numéro de l'objet :

  • Numéro d'accession : 2009.14

Lieu de production :

  • Amérique du Nord > Canada > Québec > Montréal

Dimensions :

  • Hauteur : 232,5 centimètre(s)
  • Largeur : 221 centimètre(s)
  • Profondeur : 96,5 centimètre(s)

Matériaux :

  • Bois (Pin)
  • Bois (Noyer)
  • Bois (Tilleul)

Type de fabrication :

Artisanal

Technique de fabrication :

  • Assemblé
  • Doré
  • Peint
  • Sculpté

Représentation iconographique :

  • Bon Pasteur
  • Patte de lion
  • Sacré-Coeur
  • Saint Augustin
  • Saint Jean Baptiste enfant
  • Sainte Marguerite d'Antioche
  • Tête d'ange

Inscription :

Sur le côté du tombeau, peint en noir : Ancien Autel - 1ere Maison-Mère / Fait et donné par / Ph. Liébert, sculpt. en 1790 -

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1975-02-19
 

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Valeur patrimoniale

L'autel du Sacré-Coeur présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Cette pièce de mobilier religieux témoigne de l'importance de la célébration de l'eucharistie dans la religion catholique. Les églises construites jusqu'au milieu du XXe siècle sont habituellement dotées de plusieurs autels permettant aux prêtres de célébrer leurs messes quotidiennes. Il en va de même pour les chapelles conventuelles qui desservent les membres d'une communauté religieuse. Au Québec, les autels latéraux sont traditionnellement placés dans des chapelles aménagées de part et d'autre du choeur. Ces meubles se composent d'un tombeau supportant la table où est célébrée l'eucharistie et d'un tabernacle destiné à conserver le ciboire et les hosties consacrées. Ces autels ont des dimensions plus modestes que celles du maître-autel où sont célébrées les messes principales. Les autels latéraux sont souvent dédiés à la Vierge et à saint Joseph, mais d'autres saints sont parfois choisis en raison des dévotions populaires ou locales. À l'ancien hôpital général de Montréal, les Soeurs de la Charité ont choisi de dédier les chapelles latérales de leur lieu de culte au Père Éternel et au Sacré-Coeur. En 1871, les religieuses quittent l'ensemble conventuel du Vieux-Montréal pour s'établir dans une nouvelle maison mère. L'autel du Sacré-Coeur est transféré dans la chapelle de l'Invention-de-la-Sainte-Croix. Après la désacralisation du lieu de culte, l'autel est donné au Musée des beaux-arts de Montréal. L'autel du Sacré-Coeur rappelle l'attention apportée à ce meuble au coeur des pratiques liturgiques catholiques.

L'autel présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. Cette pièce de mobilier est réalisée par Philippe Liébert (1733 - 1804), un sculpteur qui figure parmi les plus importants de la seconde moitié du XVIIIe siècle au Québec. Natif de Nemours en France, l'artiste arrive en Nouvelle-France dans les années 1750 et s'établit dans la région de Montréal. Grâce à la qualité de ses ouvrages, il devient rapidement le sculpteur le plus demandé de la région montréalaise. Liébert quitte temporairement le Canada pour participer à la guerre d'Indépendance américaine (1775 - 1783). Ce séjour aux États-Unis lui a permis de renouveler son art. Adoptant de nouvelles formes, Liébert réalise à la fin du XVIIIe siècle de nombreuses pièces de mobilier liturgique pour des communautés religieuses et des paroisses de la grande région de Montréal. Il exécute, notamment pour les Soeurs de la Charité, le maître-autel de leur chapelle (1785 - 1788) ainsi que l'autel latéral dédié au Sacré-Coeur. La pièce de mobilier liturgique se caractérise par son tombeau au profil galbé orné de pattes de lion et de têtes d'ange. Liébert est d'ailleurs l'un des premiers sculpteurs à adopter cette forme au Québec. Le sculpteur exécute pour l'autel du Sacré-Coeur plusieurs bas-reliefs dont l'iconographie est liée aux Soeurs de la Charité, tels que le coeur enflammé, symbole des Soeurs grises; sainte Marguerite d'Antioche, patronne de Marguerite d'Youville (1701 - 1771), fondatrice de la communauté religieuse; et saint Augustin, auteur de la règle de vie monastique suivie par les religieuses. Oeuvre de maturité, l'autel du Sacré-Coeur constitue un témoin privilégié du travail de cet artiste. Le meuble est en cours de restauration au Centre de conservation du Québec afin de lui redonner sa dorure et sa marbrure d'origine.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2019.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques de l'autel du Sacré-Coeur liés à ses valeurs historique et artistique comprennent, notamment :
- son volume, dont la hauteur de 232,5 cm, la largeur de 221 cm et la profondeur de 96,5 cm;
- les matériaux, dont le bois sculpté (notamment le pin, le tilleul et le noyer cendré), la dorure sur mixtion et la peinture imitant le marbre bleuté;
- ses parties composantes, dont le tombeau et le tabernacle (formé d'un gradin, d'un étage de l'ordre et d'un étage du couronnement);
- le tombeau, dont le plan rectangulaire, le profil galbé à la romaine et le décor sculpté (notamment les pattes de lion, les éléments végétaux, les volutes, le relief représentant saint Jean-Baptiste enfant, le Sacré-Coeur entouré de nuées circulaires et les têtes d'ange des angles);
- l'unique gradin du tabernacle, dont les rinceaux et les volutes centrales en C flanquées de crêtes de coq;
- l'étage de l'ordre du tabernacle, dont le stylobate orné de fleurs, les ailerons, les colonnettes d'ordre ionique, les ailes latérales ornées de panneaux sculptés (représentant sainte Marguerite d'Antioche à gauche et saint Augustin à droite), l'avant-corps central à pans coupés (orné sur les côtés de chutes de fleurs et doté d'une porte ornée d'un relief du Bon Pasteur, surmontée de trois chérubins dans des nuées), ainsi que l'entablement (comprenant des denticules);
- l'étage du couronnement du tabernacle, dont le piédestal.

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Informations historiques

L'autel du Sacré-Coeur est réalisé en 1790 pour l'un des autels latéraux de la chapelle de l'ancien hôpital général de Montréal. Cet ensemble conventuel et hospitalier est établi à partir de 1693 dans le secteur de la pointe à Callière. D'abord dirigée par les Frères hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, l'institution est confiée aux Soeurs de la Charité de Montréal, dites Soeurs grises, en 1747. La chapelle de l'endroit est érigée entre 1695 et 1697. Elle est rétablie en 1766-1767 après un important incendie qui a lourdement endommagé l'hôpital général. À la fin du XVIIIe siècle, les religieuses décident de doter leur lieu de culte de nouveaux autels.

L'autel du Sacré-Coeur est réalisé par Philippe Liébert (1733 - 1804), un sculpteur qui figure parmi les plus importants de la seconde moitié du XVIIIe siècle au Québec. Natif de Nemours en France, l'artiste arrive en Nouvelle-France dans les années 1750 et s'établit dans la région de Montréal. Grâce à la qualité de ses ouvrages, il devient rapidement le sculpteur le plus demandé de la région montréalaise. Liébert quitte temporairement le Canada pour participer à la Guerre d'Indépendance américaine (1775 - 1783). Pendant qu'il séjourne aux États-Unis, l'artiste renouvèle son art et, à son retour, il adopte de nouvelles formes. Liébert réalise à la fin du XVIIIe siècle de nombreuses pièces de mobilier liturgique pour des communautés religieuses et des paroisses de la grande région de Montréal. Il exécute notamment pour les Soeurs de la Charité le maître-autel de leur chapelle (1785 - 1788) ainsi que l'autel latéral dédié au Sacré-Cœur, qui serviront de modèles à plusieurs autres meubles du genre.

Les deux autels, dont le paiement n'est pas mentionné dans les livres de compte des religieuses, ont probablement été offerts par Liébert aux Soeurs de la Charité. Selon toute vraisemblance, celles-ci auraient accueilli l'artiste après son retour des États-Unis alors qu'il était considéré par plusieurs comme un rebelle. En 1796, Liébert établit à nouveau son atelier dans l'ensemble institutionnel des Soeurs grises qui se chargent de dorer les œuvres du sculpteur.

La chapelle de l'hôpital général est rebâtie de 1831 à 1833 et les meubles de Liébert y sont transférés. En 1871, les Soeurs de la Charité quittent l'hôpital général du Vieux-Montréal pour s'établir dans un ensemble institutionnel plus vaste et mieux adapté, aujourd'hui appelé maison mère des Soeurs-Grises-de-Montréal. La chapelle de l'institution, dédiée à l'Invention-de-la-Sainte-Croix, est érigée entre 1874 et 1878. L'autel du Sacré-Coeur est installé dans une tribune.

L'autel du Sacré-Coeur a été repeint et redoré à plusieurs reprises. Une inscription, peinte en noir sur le côté du tombeau, a également été ajoutée afin de rappeler la provenance du meuble et le nom de son artiste.

La chapelle de l'Invention-de-la-Sainte-Croix est classée en 1974. L'année suivante, plusieurs biens, dont l'autel du Sacré-Coeur, sont également classés.

En 2007, l'Université Concordia acquiert la maison mère des Soeurs-Grises-de-Montréal en vue de transformer l'ensemble conventuel en résidences étudiantes. La chapelle est désacralisée et transformée en salle de lecture. Deux ans plus tard, les autorités universitaires font don de l'autel du Sacré-Coeur au Musée des beaux-arts de Montréal.

Le meuble est ensuite envoyé au Centre de conservation du Québec pour une restauration importante visant à retirer les surpeints et à dégager la dorure sur mixtion et la marbrure bleutée d'origine. Bien que la restauration de ce type de dorure soit généralement impossible puisqu'elle est à base d'huile, l'autel de Liébert présente un des rares cas où il est techniquement possible de le faire.

La restauration des deux bas-reliefs représentant sainte Marguerite d'Antioche et saint Augustin est terminée en 2010. Les deux panneaux sont depuis exposés au musée. Le reste du meuble est toujours en restauration.

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Références

Contributeur de données :

Direction générale du patrimoine

Notices bibliographiques :

  • BELISLE, Jean et John R. PORTER. La sculpture ancienne au Québec : trois siècles d'art religieux et profane. Montréal, Éditions de l'Homme, 1986. 503 p.
  • DES ROCHERS, Jacques, dir. La collection du Musée des beaux-arts de Montréal. Vol. 1. Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 2011. 399 p.
  • LAROCHE, Ginette. « Oeuvres d'art de la chapelle de l'Invention-de-la-Sainte-Croix ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Biens mobiliers du Québec. Tome III. Québec, Les Publications du Québec, 1999, p. 175-183.
  • PAYER, Claude et Daniel DROUIN. Les tabernacles du Québec des XVIIe et XVIIIe siècles. Québec, Les publications du Québec, 2016. 271 p.
  • PAYER, Claude. « L'autel de la restauration ». Continuité. No 148 (2016), p. 9-11.

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