Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Tabernacle

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Région administrative :

  • Lanaudière

Date :

  • 1761 (Production)
  • 1769 (Dorure)
  • 1807 (Dorure)
  • avant 1978 (Modification ou transformation de l'objet)
  • 1984 – 1988 (Restauration)

Période :

  • Le Régime britannique (1760 à 1867)

Thématique :

  • Patrimoine religieux (Culte)

Tradition religieuse :

  • Christianisme (Catholicisme (rite latin))

Classification :

  • Oeuvre d'art / Bien ethno-historique > Objets de communication > Objet de cérémonie > Meuble religieux > Meuble lié à l'Eucharistie

Éléments associés

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Description

Le tabernacle du maître-autel de l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie est une pièce de mobilier liturgique liée à la célébration de l'eucharistie. Ce meuble en bois doré est réalisé de 1761 à 1762 et présente une hauteur de 185,4 cm, une largeur de 243,5 cm et une profondeur de 54 cm. Les deux prédelles des gradins sont décorées de rinceaux et d'arabesques végétales de style rocaille. La réserve eucharistique est en avancée et atteint le haut du deuxième gradin qui est terminé en cavets. Elle est encadrée de deux ailerons végétaux enroulés et est ornée de deux pilastres décorés de pampres. La porte de la réserve, cintrée à oreille, arbore un relief de ciboire sous un pavillon. L'étage de l'ordre est rythmé de huit colonnettes cannelées d'ordre composite, soutenues par un stylobate dénué d'ornementation. L'étage se compose de deux ailes ornées de motifs de style rocaille et de végétaux, d'un corps central en avancée et de deux niches d'angle à voûte en coquille et à cul-de-lampe en feuilles d'acanthe. Un haut-relief de tête d'angelot ailé et deux branches végétales décorent le panneau du corps central. L'étage est délimité à ses extrémités par deux ailerons en crêtes de coq. L'entablement est marqué par une corniche à denticules. Deux reliquaires ronds entourés de motifs végétaux et de crêtes de coq surmontent les ailes. Une niche d'exposition couronne le corps central. Le panneau formant le fond est orné de chutes végétales et d'un motif de style rocaille. Deux colonnettes engagées encadrent le panneau et deux ailerons enroulés flanquent la niche. Un dais, supporté par deux volutes du même style que les ailerons, surplombe le tout. L'inscription « FAI PAR.PHI. Liebert Scupteur » se trouve au revers du meuble.

Ce bien est classé objet patrimonial. Il est conservé dans l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, classée immeuble patrimonial.

Lieu de production :

  • Amérique du Nord > Canada > Québec > Montréal > Montréal

Dimensions :

  • Hauteur (Mesurée / intégral) : 185,4 centimètre(s)
  • Largeur (Mesurée / intégral) : 243,5 centimètre(s)
  • Profondeur (Mesurée / intégral) : 54 centimètre(s)

Matériaux :

  • Bois (Noyer cendré)

Type de fabrication :

Artisanal

Technique de fabrication :

  • Assemblé
  • Chevillé
  • Doré, à la feuille
  • Sculpté

Représentation iconographique :

  • Arabesques
  • Ciboire
  • Coquilles
  • Denticules
  • Pampres
  • Rinceaux
  • Tête d'angelot ailée
  • Végétaux
  • Volutes

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1978-12-28
 

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Valeur patrimoniale

Le tabernacle du maître-autel de l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie de Repentigny présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Cette pièce de mobilier religieux témoigne de l'importance de la célébration de l'eucharistie dans les pratiques liturgiques catholiques. Désignant avant tout l'armoire eucharistique où le ciboire et les hosties consacrées sont conservés, le terme « tabernacle » désigne aujourd'hui l'ensemble du meuble déposé sur l'autel. Représentant la demeure de Dieu, les tabernacles anciens prennent souvent des dimensions imposantes et sont richement ornés de feuilles d'or. Au XVIIIe siècle, l'architecture d'un tabernacle est généralement composée de trois parties, soit : les gradins et la réserve eucharistique, en bas; l'étage de l'ordre ou de la monstrance, au centre; au-dessus, l'étage du couronnement. Le tabernacle du maître-autel de l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie en constitue un bon exemple. Au XXe siècle, le concile Vatican II (1962 – 1965) apporte plusieurs changements dans la liturgie catholique romaine. Entre autres, les tabernacles et leurs autels ne sont plus utilisés pour la célébration de la messe. Toutefois, malgré ces changements, plusieurs lieux de culte conservent leurs anciens tabernacles, notamment à l'église de Repentigny. Fabriqué en 1761-1762, le tabernacle sert au culte dans cette église depuis plus de 250 ans, ayant même été épargné lors de l'incendie de l'église en 1984.

Le tabernacle présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. Conçu par Philippe Liébert (1733 – 1804), il est un témoin représentatif de la production remarquable de cet artiste. Il s'agit de l'une de ses premières oeuvres d'importance, réalisée en grande partie d'après un dessin de son cousin par alliance, Antoine Cirier (1718 – 1798), qui a une grande influence sur lui. De plus, son beau-père, Vincent Lenoir (1694 – après 1762), un menuisier de bonne réputation à l'époque, l'assiste dans la fabrication du meuble : il en tourne les colonnettes. Le tabernacle de Repentigny, bien qu'il soit attribué à Liébert, est en fait le résultat de la collaboration de trois artistes de la même famille. Il incarne aussi un jalon de la carrière artistique de Liébert en présentant plusieurs éléments qui marqueront la production du sculpteur par la suite, dont l'utilisation du style rocaille, les rinceaux du premier gradin, les panneaux sinueux ou encore les ailerons richement sculptés de l'étage. Le stylobate et l'entablement dépouillés, les ailerons de la réserve traités en à-plat et placés sur les coins de l'armoire deviennent aussi une norme dans le domaine du mobilier religieux pour plusieurs générations de sculpteurs, dont Louis-Amable Quévillon (1749 – 1823) qui adapta le modèle à plusieurs reprises. Liébert n'utilisera ce type de composition, par la suite, que pour les autels latéraux. Il s'agit aussi de l'un des rares cas au Québec de tabernacle ayant été peint avant de recevoir sa dorure.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2019.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du tabernacle du maître-autel de l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie liés à ses valeurs historique et artistique comprennent, notamment :
- son volume, dont la largeur de 243,5 cm, la hauteur de 185,4 cm et la profondeur de 54 cm;
- les matériaux, dont le bois de noyer cendré sculpté, la dorure sur mixtion;
- le caisson du gradin, dont les deux prédelles ornées de rinceaux et d'arabesques végétales de style rocaille et le deuxième gradin terminé en cavets à ses extrémités;
- la réserve eucharistique en avancée (fermée d'une porte de bois cintrée à oreille ornée d'un ciboire sous un pavillon), atteignant le haut du deuxième gradin, dont les montants ornés de pilastres décorés de motifs végétaux et flanqués de deux ailerons végétaux enroulés;
- l'étage de l'ordre, dont le stylobate dénué d'ornementation, les huit colonnettes cannelées d'ordre composite, les panneaux des ailes ornés d'arabesques végétales de style rocaille, le corps central en avancée orné d'un haut-relief de tête d'angelot ailée et de deux branches végétales, les niches d'angle à voûte en coquille et à cul-de-lampe en feuilles d'acanthe, les deux ailerons en crêtes de coq délimitant les extrémités de l'étage, l'entablement à denticules;
- l'étage du couronnement, dont les deux reliquaires ronds entourés de motifs végétaux et de crêtes de coq surmontant les ailes, la niche d'exposition ornée de panneaux portant des reliefs de chutes végétales et d'un motif de style rocaille et encadrée de deux colonnettes engagées, les deux ailerons végétaux enroulés flanquant la niche, le dais la surmontant supporté de deux volutes.

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Informations historiques

Ce tabernacle de maître-autel est conçu pour l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie à Repentigny. Ce territoire accueille ses premiers colons vers 1666. Une chapelle en bois est bâtie par les habitants en 1683. La paroisse de Notre-Dame de l'Assomption de Repentigny, rebaptisée « la Purification de la Bienheureuse Vierge-Marie » en 1838, est érigée canoniquement en 1684 par l'évêque de Québec François de Laval (1623 – 1708). En 1701, l'emplacement de la future église est établi au centre de la seigneurie, à proximité du fleuve Saint-Laurent. Une église en bois est probablement érigée en 1702. En 1723, une ordonnance de l'intendant Michel Bégon de La Picardière (1667 – 1747) fixe les modalités de contribution des habitants de Repentigny pour la construction d'une nouvelle église, qui sera achevée en 1725.

Le chantier de la décoration de l'église de pierre est confié en 1737 à Antoine Cirier (1718 – 1798), menuisier et sculpteur originaire de Montréal. Il s'y applique durant 20 ans, exécutant une grande partie du décor. Toutefois, en 1756, Cirier est traîné en justice pour ne pas avoir achevé les travaux dans les délais prescrits. Jugé coupable par la cour et condamné à l'amende, il abandonne le contrat en 1758. Par la suite, la fabrique octroie le contrat à Philippe Liébert (1733 – 1804) et Pierre-Nicolas Milot dit Champagne (1737 – 1812) de finaliser les ouvrages de menuiserie. Cela inclut la réalisation du retable principal et du tabernacle du maître-autel. Il leur est demandé de réaliser le tabernacle d'après les « plans fournis ». Ces plans étaient vraisemblablement le dessin réalisé par Antoine Cirier quelques années auparavant, probablement vers 1756.

Une hypothèse suggère que le dessin est réalisé à l'origine pour un autel latéral et le meuble pourrait avoir été modifié par Liébert pour servir de maître-autel. Cette hypothèse s'appuie sur les dimensions de l'étage de l'ordre, qui correspondent à celles que Liébert donnera à ses autels latéraux au cours de sa carrière. De plus, une fois le premier gradin retiré, les ornements et les cavets du deuxième gradin se révèlent inversés. Vincent Lenoir (1694 – après 1762), beau-père de Liébert, participe à la conception du tabernacle en tournant les colonnettes du tabernacle.

Une fois achevé en 1761, le tabernacle aurait été peint. Les tabernacles sont d'ordinaire dorés une fois que leur sculpture est terminée. Cette particularité pourrait s'expliquer par la difficulté des paroisses à obtenir de la feuille d'or durant le régime d'occupation militaire, ou que celle de Repentigny attendait d'avoir les ressources financières nécessaires à la dorure. Il est toutefois doré sur mixtion quelques années plus tard, soit en 1769.

Le tabernacle a subi quelques modifications au cours de son histoire : il est redoré en 1807, les colonnettes en avancée qui supportaient jadis le dais du couronnement ont disparu ainsi que des pots à feu, les ornements des prédelles ont été raccourcis et la tête d'angelot du corps central a été déplacée.

L'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie ainsi que plusieurs biens mobiliers y étant conservés, dont le tabernacle du maître-autel, sont classés en 1978.

En 1984, un incendie ravage l'église. Heureusement, le tabernacle y échappe avec peu de dommages. Suivant cet incident, il est restauré par le Centre de conservation du Québec de 1984 à 1988. Le meuble est consolidé, des éléments manquants sont reconstitués et l'ensemble est redoré sur mixtion. La porte de la réserve eucharistique, qui avait été perdue, est reproduite d'après le modèle du maître-autel de Sault-au-Récollet, une autre oeuvre de Liébert réalisée sensiblement au même moment. Les tabernacles latéraux, ainsi que les autels en tombeaux et les pierres d'autel, sont restaurés par la même occasion.

Le tabernacle du maître-autel se trouve toujours dans l'église de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, où il sert encore au culte.

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Références

Contributeur de données :

Direction générale du patrimoine

Notices bibliographiques :

  • CAUCHON, Michel. « Liébert, Philippe ». Université Laval/University of Toronto. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. www.biographi.ca
  • KAREL, David. Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique du Nord : peintres, sculpteurs, dessinateurs, graveurs, photographes et orfèvres. Québec, Musée du Québec / Les Presses de l'Université Laval, 1992. 962 p.
  • MAGNAN, Hormisdas. Dictionnaire historique et géographique des paroisses, missions et municipalités de la province de Québec. Arthabaska, Imprimerie d'Arthabaska, 1925. 738 p.
  • Musique Orgue Québec. Église de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie. Repentigny, Qué [En Ligne]. https://www.musiqueorguequebec.ca/orgues/quebec/repentigny.html
  • PAYER, Claude et Daniel DROUIN. Les tabernacles du Québec des XVIIe et XVIIIe siècles. Québec, Les publications du Québec, 2016. 271 p.
  • PORTER, John R. « Cirier, Antoine ». Université Laval/University of Toronto. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca/
  • Wikitree, Where genealogists collaborate. Pierre-Nocolas-Côme-Damien (Milot) Milot dit Champagne (1737-1812) [En Ligne]. https://www.wikitree.com/wiki/Milot-45

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