Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Fabrication artisanale d'accordéons diatoniques

Type :

Patrimoine immatériel

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques expressives > Activités artisanales > Métiers d'art > Facture instrumentale

Éléments associés

Patrimoine immatériel associé (1)

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Description

La fabrication d'accordéons diatoniques consiste en un assemblage complexe d'une multitude de pièces qui forment ultimement deux caisses et un soufflet. La facture de cet instrument à claviers requiert une grande diversité de matériaux, principalement le bois, le métal, le carton et le tissu. Développé au Québec à partir du XIXe siècle, ce savoir-faire séculaire exige que l'artisan possède une excellente dextérité, mais aussi les notions musicales nécessaires à l'accordage de l'instrument. Les techniques de fabrication d'accordéons diatoniques s'apprennent dans les sphères familiale et communautaire, au contact d'autres praticiens et de musiciens qui se transmettent des connaissances de génération en génération.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Désignation Élément du patrimoine immatériel Ministre de la Culture et des Communications 2021-08-26
 

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Valeur patrimoniale

La fabrication artisanale d'accordéons diatoniques est un savoir-faire technique qui se transmet, de maître à apprenti, depuis le XIXe siècle. Le Québec est l'un des rares endroits au monde où l'accordéon diatonique à dix boutons est encore fabriqué. Il se distingue d'autres types d'accordéons diatoniques par sa petite taille et sa bisonorité. Les compétences et les connaissances sur lesquelles repose la fabrication d'accordéons diatoniques sont transmises de génération en génération dans la sphère familiale ou communautaire. Fort présent dans le répertoire musical traditionnel, l'accordéon se joue lors de veillées de danse, de fêtes coutumières et de festivals et s'avère souvent accompagné du violon et du piano. Les instruments signés de la main des fabricants québécois sont puissants, légers et robustes. Leur notoriété est reconnue au Québec comme à l'échelle internationale.

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Historique

La fabrication d'accordéons diatoniques au Québec remonte à la fin du XIXe siècle. Jusque-là, les accordéonistes importaient des accordéons industriels d'Allemagne, car nul ne possédait ce savoir-faire au Québec. Odilon Gagné, menuisier du quartier Saint Sauveur à Québec, est le premier à confectionner ce type d'instrument. Habile de ses mains, il façonne ses propres outils et fabrique des accordéons calqués sur le modèle européen. Ses instruments à soufflet sont formés d'une rangée de dix boutons et faits de carton, de cuir, de toile et de bois. De 1895 jusqu'à son décès en 1916, Odilon Gagné fabrique environ 150 accordéons et transmet son savoir-faire technique à ses deux fils, qui prendront sa relève sous la bannière Maison Gagné et frères. Des années 1920 aux années 1950, plusieurs accordéonistes populaires tels que Théodore Duguay, Joseph Guilmette, Gérard Lajoie et Lévis Beaulieu ont joué sur des accordéons Gagné, qui était alors le seul fabricant.

Au cours des années 1960, le renouveau culturel insufflé par la Révolution tranquille annonce une baisse de popularité de la musique traditionnelle. Les facteurs d'accordéons échappent toutefois à cette période trouble en évoluant dans un réseau alternatif et régional, où l'engouement des accordéonistes demeure inchangé. C'est à cette époque que les Messervier de Montmagny en Chaudière-Appalaches se lancent dans la réparation puis dans la fabrication d'accordéons diatoniques. Les instruments de Marcel Messervier font alors la renommée de la région, car ils ont la particularité d'être accordés en do dièse, une tonalité ne pouvant pas être jouée avec des instruments de facture industrielle.

À partir des années 1970, d'autres ateliers s'établissent dans diverses régions du Québec, principalement en Mauricie, sur la Côte-Nord, au Saguenay et en Chaudière Appalaches. Gilles Paré, Marcel Desgagnés, Réjean Simard, Clément Breton et Robert Boutet, notamment, fabriquent tous des accordéons diatoniques à une rangée. Chacun d'eux possède une particularité sur le plan des registres de jeux, de l'esthétique ou encore de la sonorité. Malgré tout, la région de Montmagny demeure un pôle central de la fabrication d'accordéons diatoniques. Dans les années 1990, l'atelier Accordéon Mélodie de Montmagny est fondé par Raynald Ouellet et Sylvain Vézina. À ce jour, il s'agit d'un des plus grands ateliers de fabrication d'accordéons diatoniques au Québec.

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Contexte

Fabriqués à la main, les accordéons diatoniques requièrent de la patience et une grande minutie. Ces instruments sont composés d'un boîtier formé de deux caisses de bois rectangulaires, d'un clavier mélodique de dix boutons et d'un soufflet. L'assemblage de toutes ces composantes représente un défi technique pour l'artisan. L'essence de bois pour chacune des caisses est d'abord sélectionnée avec soin en fonction de ses propriétés. Puis, les planches sont sablées et assemblées en deux caisses formant la structure de l'accordéon. Jusqu'à huit couches de vernis peuvent être appliquées sur l'instrument. En comptant le temps de séchage, cette seule étape peut prendre jusqu'à une semaine.

Le clavier mélodique, pour sa part, nécessite le façonnement de plusieurs ouvertures, boutons et touches coulées dans des moules fabriqués à cet effet. De petites broches relient les boutons aux clapets, permettant ainsi à l'air de circuler. Constitués de pièces de bois, de cuir et de feutre collées les unes aux autres, les clapets doivent être ajustés pour empêcher l'air de s'échapper de l'instrument. Le clavier des accords requiert un peu moins de travail puisqu'il comporte seulement deux touches et une soupape permettant de remplir ou de vider le soufflet quand ce dernier est étiré ou replié au maximum.

Élément central de tout accordéon, le soufflet est fait d'un carton à la fois souple et résistant, généralement importé d'Italie. L'artisan découpe ce matériau à angle de manière à former une pièce rectangulaire une fois replié. Un losange de cuir est par la suite collé dans chaque coin inférieur des plis pour s'assurer de l'étanchéité du soufflet. Les coins extérieurs sont eux aussi solidifiés à l'aide de pièces métalliques et d'un ruban couvrant l'ensemble de l'assemblage. Enfin, les deux extrémités du soufflet sont fixées à un cadre de bois conçu pour s'ajuster au boîtier. Les facteurs d'accordéons prennent en compte les demandes spéciales des accordéonistes et sont en mesure de fabriquer des instruments sur mesure. Certains accordéons possèdent, par exemple, des tirettes fabriquées au tour à bois qui permettent de modifier la sonorité de l'instrument.

Pour le facteur d'accordéons, l'étape la plus délicate est la fabrication de l'intérieur de l'instrument puisque c'est de là qu'émerge le son. Apposées sur un sommier avec de la cire d'abeille, de petites lamelles métalliques appelées « anches » vibrent au contact de l'air. Chaque anche peut produire deux notes différentes, selon qu'on pousse ou qu'on tire sur le soufflet. La note émise varie également selon la taille des lamelles. Ainsi, les anches de plus grande dimension produisent un son grave alors que les plus petites produisent plutôt un son aigu.

La fabrication se termine par l'assemblage des différentes pièces qui composent l'instrument et le réglage des mécanismes servant à l'accorder. L'ensemble du travail requiert une grande minutie ainsi qu'une oreille musicale d'une finesse remarquable. La réputation d'un facteur d'accordéon se construit de bouche à oreille et peut être influencée par la popularité des accordéonistes qui adoptent ses instruments.

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Apprentissage et transmission

La fabrication d'accordéons diatoniques est un savoir-faire qui s'acquiert le plus souvent de manière autodidacte puisqu'il n'existe pas de programme d'enseignement permettant le développement des connaissances nécessaires à son exercice. Les artisans de l'accordéon sont généralement entourés de musiciens dès leur plus jeune âge et observent ou manipulent leurs instruments à l'occasion de rassemblements festifs. C'est en apprenant à jouer ou en démantelant un vieil instrument qu'ils se familiarisent avec ses différentes composantes.

Les facteurs d'accordéons détiennent également des habiletés en menuiserie ou en ébénisterie. Pour la plupart, la fabrication d'accordéon ne constitue donc pas leur unique gagne-pain. Le bois étant le principal matériau utilisé pour la fabrication de l'accordéon, la maîtrise des techniques de transformation du bois et des propriétés de chaque essence sont fort utiles. Le façonnage du métal est lui aussi indispensable à la réalisation des touches et des anches. Outre le travail du bois et du métal, l'acoustique est un élément clé dont les fabricants doivent tenir compte. Ce sont d'ailleurs souvent des problèmes techniques liés au rendement sonore qui poussent le musicien et futur fabricant à modifier l'instrument.

Les compétences requises pour fabriquer un accordéon diatonique sont acquises par observation et imitation. Les accordéons sont généralement fabriqués dans de petits ateliers, à même le domicile ou dans une boutique où travaillent seulement un ou deux artisans. Ce mode d'apprentissage est caractéristique d'un enseignement de maître à élève. Bien que ce savoir-faire demeure encore majoritairement masculin, une relève féminine se dessine aujourd'hui, notamment avec Vicky Vézina de Montmagny.

Depuis 1989, le Carrefour mondial de l'accordéon à Montmagny permet aux fabricants d'accordéons et aux accordéonistes de se rencontrer et d'échanger de l'information ainsi que des conseils pratiques. Le web est également un espace prisé pour acquérir des connaissances, notamment en consultant des tutoriels et des forums permettant aux amateurs et aux professionnels d'entrer en contact.

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Références

Notices bibliographiques :

  • BÉGIN, Carmelle et Constance NEBEL. Opus : La Facture Instrumentale Au Canada. Hull, Musée canadien des civilisations, 1992. 148 p.
  • LE GUÉVEL, Yves. « L'implantation de l'accordéon au Québec : des origines aux années 1950 ». Bulletin Mnémo. Vol. 4, no 2 (1999), s.p.
  • LE GUÉVEL, Yves. La musique traditionnelle instrumentale canadienne-française en milieu urbain : le cas de Québec (1930-1960). Université Laval, 1997. 125 p.
  • LE GUÉVEL, Yves. « Les modes d'acquisition des savoir-faire des fabrications d'accordéons diatoniques québécois ». Ethnologies. Vol. 21, no 1 (1999), p. 85-96.
  • LEGAULT, Normand. L'accordéon diatonique comme pratique culturelle au Québec. Ministère de la Culture et des Communications (dir.), 2011. 62 p.
  • MARCEROLLO, Joseph. « Accordéon ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/accordeon
  • OUELLET, Raynald et Martine ROBERGE. « Le monde de l'accordéon au Québec ». Cap-aux-Diamants. No 67 (2001), p. 24-28.

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