Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Tabernacle du maître-autel

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Région administrative :

  • Montérégie

Date :

  • 1745 (Dorure)
  • 1745 (Production)
  • vers 1843 (Dorure)
  • vers 1843 (Modification ou transformation de l'objet)
  • vers 1960 (Modification ou transformation de l'objet)
  • 2011 – 2015 (Restauration)

Période :

  • Le Régime français (1534 à 1760)

Thématique :

  • Patrimoine religieux (Culte)

Tradition religieuse :

  • Christianisme (Catholicisme (rite latin))

Classification :

  • Oeuvre d'art / Bien ethno-historique > Objets de communication > Objet de cérémonie > Meuble religieux > Meuble lié à l'Eucharistie

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (1)

Patrimoine mobilier associé (1)

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Inventaires associés (1)

Description

Le tabernacle est une pièce de mobilier liturgique réalisée en 1745 pour le maître-autel de l'église de Sainte-Famille, à Boucherville. Ce meuble en bois de pin doré mesure 356,5 cm de hauteur, 303 cm de largeur et 89,2 cm de profondeur. Il se compose d'un étage inférieur, d'un étage de la monstrance et d'un étage du couronnement, tous très richement ornés. L'étage inférieur comporte deux gradins enserrant une réserve eucharistique. Les prédelles sont ornées de branches d'olivier, de vignes et de rinceaux. De larges consoles se trouvent de part et d'autre de la réserve eucharistique, qui est fermée par une porte arborant un ciboire partiellement voilé. L'étage de l'ordre est ponctué de colonnettes à chapiteau corinthien et de quatre niches accueillant des statuettes en ronde-bosse. Cet étage présente un abondant décor sculpté qui comprend des fruits, des motifs floraux, végétaux et animaux, des têtes d'anges sur le stylobate et un ostensoir sur la porte de l'armoire. Une galerie à entrelacs coiffe l'entablement. À l'étage supérieur, une niche d'exposition est encadrée de pilastres et couronnée d'un dais central. Des reliquaires, argentés et rehaussés de glacis rouge et vert, disposés au-dessus de chaque aile du tabernacle, contiennent les reliques de saint Flavien, sainte Félicité, saint Innocent et saint Victor. Chaque reliquaire est entouré de rinceaux, d'une tête d'ange et d'une corbeille de fruits.

Ce bien est classé objet patrimonial.

Numéro de l'objet :

  • Numéro d'inventaire : 92696.144.1

Lieu de production :

  • Amérique du Nord > Canada > Québec > Mauricie > Trois-Rivières

Dimensions :

  • Hauteur (Mesurée / intégral) : 356,5 centimètre(s)
  • Largeur (Mesurée / intégral) : 303 centimètre(s)
  • Profondeur (Mesurée / intégral) : 89,2 centimètre(s)

Matériaux :

  • Bois (Noyer)
  • Os (Humain)
  • Enduit
  • Métal (Or)
  • Peinture
  • Fibre

Type de fabrication :

Artisanal

Technique de fabrication :

  • Assemblé
  • Doré, à la feuille
  • Enduit
  • Peint
  • Sculpté

Représentation iconographique :

  • Branches d'olivier
  • Ciboire
  • Colombe
  • Corbeille de fleurs
  • Corbeilles de fruits
  • Croix
  • Escargots
  • Feuilles
  • Feuilles d'acanthe
  • Feuilles de vigne
  • Fleurs
  • Globe
  • Grappes de raisin
  • Guirlandes de fruits
  • Monogramme marial
  • Ostensoir
  • Rinceaux
  • Saint Marc
  • Saint Matthieu
  • Têtes d'angelots

Inscription :

H.g., : AM
H.d. : AM

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1964-04-15
 

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Valeur patrimoniale

Le tabernacle du maître-autel de l'église de Sainte-Famille présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Cette pièce de mobilier religieux témoigne de l'importance de la célébration de l'eucharistie dans la religion catholique. Ce meuble, placé traditionnellement sur un tombeau d'autel au fond du choeur, sert à conserver le ciboire et les hosties consacrées pour la communion. Les tabernacles anciens prennent souvent des dimensions imposantes. Au XVIIIe siècle, ils se composent généralement de trois parties superposées : en bas, les gradins, qui incluent la réserve eucharistique, l'armoire contenant les hosties; au centre, l'étage de l'ordre, qui est aussi parfois appelé « étage de la monstrance » et qui est doté de l'armoire de l'ostensoir; au-dessus, l'étage du couronnement, qui comporte une niche servant à l'exposition de l'ostensoir ou qui reçoit une croix d'autel. Le tabernacle du maître-autel de l'église de Sainte-Famille constitue un exemple particulièrement élaboré de ce type de meuble. À la suite du concile Vatican II (1962 – 1965), de nombreux changements sont apportés à la liturgie par l'Église catholique. Les autels où sont placés les tabernacles ne sont plus utilisés pour la célébration de la messe. Plusieurs paroisses, comme celle de Sainte-Famille, conservent toutefois leurs anciens autels. Le tabernacle de l'église de Boucherville, fabriqué en 1745, est demeuré dans le lieu de culte jusqu'à aujourd'hui. Il rappelle l'attention prêtée à ce meuble au coeur des pratiques liturgiques catholiques.

Le tabernacle présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. Cette pièce de mobilier liturgique est réalisée par Gilles Bolvin (1710 – 1766), un sculpteur originaire des Flandres qui immigre en Nouvelle-France vers 1729. Dès son arrivée dans la région de Trois-Rivières, en 1731 au plus tard, Bolvin démontre un riche savoir-faire et une grande maîtrise de son art. Jusque dans les années 1760, il oeuvre pour plusieurs églises des actuelles régions de la Mauricie, de Lanaudière et de la Montérégie. Sa production comprend notamment la chaire et le banc d'oeuvre de l'église de Trois-Rivières (1734) ainsi que le retable de l'église de Sainte-Anne-de-la-Pérade (1745 – 1750). Il est également l'auteur de tabernacles à l'ornementation foisonnante destinés aux églises de Saint-Charles à Lachenaie (1744), de La Nativité-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie à Bécancour (vers 1755) et de Sainte-Geneviève-de-Berthier à Berthierville (1755 – 1760). Contrairement au tabernacle de Berthierville, transformé par un autre sculpteur en 1824, l'imposant meuble doré de Boucherville est demeuré en bon état jusqu'à aujourd'hui. Considéré comme un chef-d'oeuvre de la sculpture québécoise, il est unique depuis qu'un incendie a détruit en 1964 le tabernacle presque identique qui se trouvait dans l'église de Lachenaie. Il présente plusieurs des caractéristiques du travail de Bolvin, telles l'exubérance et la surcharge des motifs décoratifs, les larges consoles des gradins destinées à accueillir des statuettes d'anges adorateurs et la galerie ajourée au-dessus de l'entablement. Il s'agit d'un témoin privilégié de l'art de ce sculpteur dont l'influence se fait sentir sur les oeuvres des frères Pierre (1737 – après 1772) et Jean-Baptiste Hardy (1731 – après 1776), possiblement des élèves ou des apprentis de Bolvin à Trois-Rivières.

Source: Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2019.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du tabernacle du maître-autel de l'église de Sainte-Famille liés à ses valeurs historique et artistique comprennent, notamment :
- son volume, dont la hauteur de 356,5 cm, la largeur de 303 cm et la profondeur de 89,2 cm ;
- les matériaux, dont le bois de pin sculpté et la dorure appliquée sur toute la surface visible du meuble;
- le caisson des gradins, dont le premier gradin orné de branches d'olivier, de grappes de raisins et de feuilles de vigne, le deuxième gradin orné de rinceaux, les consoles intégrées au gradin supérieur et la réserve eucharistique centrale fermée par une porte sur laquelle figurent un ciboire partiellement voilé et des tiges de blé;
- l'étage de l'ordre, dont les ailerons, le stylobate orné de fleurs et de têtes d'anges, l'armoire centrale encadrée de grappes de raisin, de feuilles et d'escargots, la porte de l'armoire décorée d'un ostensoir et de tiges de blé, les quatre niches abritant des statuettes sculptées en ronde-bosse et dorées (notamment de saint Marc et de saint Matthieu), les colonnettes cannelées à chapiteau corinthien, les ailes agrémentées de feuilles et de guirlandes de fruits, ainsi que la frise de feuilles d'acanthe de l'entablement;
- l'étage du couronnement, dont l'attique ajouré, la niche d'exposition (composée de pilastres à chapiteau corinthien soutenant un entablement, un dais, un globe et une croix faîtière), les ailerons, les reliquaires latéraux argentés avec des glacis rouge et vert entourés de têtes d'anges, de corbeilles de fruits et de rinceaux, ainsi que les nombreux éléments ornementaux, tels une corbeille de fleurs, une colombe et des pots à feu.

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Informations historiques

Le tabernacle est réalisé en 1745 pour l'église de Sainte-Famille, à Boucherville. Ce lieu de culte est édifié en 1712 pour remplacer une première chapelle en bois. Afin de parfaire son intérieur, le tabernacle est commandé au sculpteur d'origine flamande Gilles Bolvin (1710 – 1766). Bolvin est alors connu pour avoir complété le décor de l'église paroissiale de Trois-Rivières (1734), où il s'est établi peu après son arrivée en Nouvelle-France vers 1729.

Le sculpteur conçoit le tabernacle à partir du même modèle qu'il utilise pour le tabernacle de l'église de Saint-Charles à Lachenaie (détruit en 1964). Les deux meubles, quasiment identiques, sont sans doute réalisés en même temps. Ils seraient le fruit d'une collaboration avec Augustin Quintal (1683 – 1776), un récollet natif de Boucherville qui a déjà fait affaire avec Bolvin en sa qualité de curé de Trois-Rivières. Quintal intervient dans la commande du tabernacle de Lachenaie en 1737. Au XXe siècle, des spécialistes le disent versé dans les arts et l'architecture, mais ses liens avec l'oeuvre de Bolvin demeurent incertains.

La fabrication des deux tabernacles s'échelonne sur plusieurs années. Celui de Lachenaie est terminé en 1744 après sept ans de travail. Celui de Boucherville est achevé à la même époque. Les deux sont dotés d'une armoire de l'ostensoir dont la porte est escamotable. Elle s'ouvre en pivotant sur son axe avec l'ensemble de la réserve circulaire, ce qui requiert un ajustement précis. Cette nouveauté technique est exclusive à Bolvin en Nouvelle-France.

Le tabernacle est doré par les Ursulines de Québec à partir de 1745. Il est ensuite installé dans l'église de Sainte-Famille.

Une nouvelle église est érigée en 1801 et 1802. Louis-Amable Quévillon (1749 – 1823) et ses collaborateurs de l'atelier des Écores exécutent la décoration intérieure. Terminé en 1803, le décor comprend un maître-autel sur lequel est déposé le tabernacle de Bolvin. À la demande de la fabrique, les sculpteurs de l'atelier des Écores ont reproduit l'autel au tombeau galbé et à l'ornementation fantaisiste que Quévillon a livré vers 1800 à l'église de Saint-Jean-Baptiste, à Nicolet.

En 1843, un incendie ravage l'église de Sainte-Famille. Elle est aussitôt reconstruite. Le maître-autel et son tabernacle y sont réinstallés, de même que d'autres biens mobiliers sauvés des flammes. Le tabernacle subit alors quelques modifications : il est redoré sur mixtion, avec des rehauts de dorure sur bolus gris, et une nouvelle croix faîtière serait mise en place.

L'église de Sainte-Famille est classée en 1964. Le maître-autel, son tabernacle et d'autres oeuvres d'art conservées dans le lieu de culte sont classés au même moment. Une campagne de restauration est effectuée sur le meuble dans les années 1960, moment où une couche de peinture blanche est appliquée sur le tombeau.

Au cours de son histoire, entre quatre et cinq couches de peinture et de bronzine sont apposées sur la dorure d'origine du tabernacle et la porte escamotable de l'armoire de l'ostensoir est modifiée pour porter sur des gonds.

Le tabernacle est restauré par le Centre de Conservation de Québec de 2010 à 2015. Une équipe de restaurateurs consolide les soulèvements de la dorure, dégage les surpeints afin de remettre en valeur la dorure d'origine sur bolus rouge et remplace d'anciennes restaurations maladroites. La sculpture d'une colombe, qui ornait le couronnement du tabernacle, est retrouvée, restaurée et remise en place. Certains éléments manquants, tels que la rose couronnant le reliquaire gauche, sont reproduits et dorés sur bolus. Une couche protectrice de cire microcristalline polie est appliquée sur la dorure, ainsi qu'une couche de vernis sur les zones non dorées. Le tombeau est lui aussi restauré, révélant un fond marbré sous le surpeint blanc. Cette couche, bien qu'elle ne soit pas celle d'origine, représente bien son apparence initiale.

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Références

Gestionnaires des données :

Société des musées québécois et Conseil du patrimoine religieux du Québec

Contributeur de données :

Diocèse de Saint-Jean-Longueuil

Notices bibliographiques :

  • BELISLE, Jean et John R. PORTER. La sculpture ancienne au Québec : trois siècles d'art religieux et profane. Montréal, Éditions de l'Homme, 1986. 503 p.
  • CHAGNON, Joanne et Laurier LACROIX. « Oeuvres d'art de l'église de la Sainte-Famille ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Biens mobiliers du Québec. Tome III. Québec, Les Publications du Québec, 1999, p. 26-33.
  • KAREL, David. Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique du Nord : peintres, sculpteurs, dessinateurs, graveurs, photographes et orfèvres. Québec, Musée du Québec / Les Presses de l'Université Laval, 1992. 962 p.
  • s.a. Sainte-Famille de Boucherville. Boucherville, Société d'histoire des Îles-Percées, 1992. s.p.

Multimédias disponibles en ligne :

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